Hombo tient du roman et de la poésie par un style littéraire très affirmé. Chronique souvent poignante, sensible, l’ouvrage retient également l’attention par son style original, au croisement du français et du tahitien.

Le thème du livre développe l’histoire d’un jeune des îles, en l’occurrence Huahine (îles Sous-le-Vent), où réside l’auteur.

De sa naissance dans un monde familial où la tradition est encore vivante à son départ pour la France, le jeune Hombo (surnom désignant une sorte de marginal social) dérive dans une non-existence de survie au jour le jour, le refus de la société du village, l’indifférence de l’avenir, en compagnie d’une bande de jeunes semblables.

 

SPITZ Chantal T.

Chantal T. Spitz naît à Tahiti en 1954. Son premier roman , « L’île des rêves écrasés » est édité en 1991 aux Éditions de la plage (réédition en 2003 aux éditions Au vent des îles). Premier roman tahitien publié, il est salué en Polynésie française comme un événement à une époque de renaissance culturelle pour son écriture au rythme inspiré par l’oralité. « L’île des rêves écrasés » est le premier roman tahitien traduit en anglais. Il paraît aux éditions Huia (Wellington, Te Aotearoa) sous le titre « Island Of Shattered Dreams » dans une traduction de Jean Anderson. Chantal T. Spitz participe à l’aventure de la revue littéraire  Littérama’ohi  débutée en 2001, dont l’un des objectifs est de faire connaître la variété, la richesse et la spécificité des auteurs originaires de la Polynésie française dans leur diversité contemporaine. En 2002, elle publie « Hombo », transcription d’une biographie aux éditions Te Ite, texte qui restitue le douloureux témoignage de jeunes gens mis momentanément à l’écart de leur village quand le mode de vie qu’ils avaient choisi était trop étranger à la tradition. « Pensées insolentes et inutiles », recueil réunissant quelques contributions à des colloques ou des revues et des écrits jusqu’ici dormant dans des cahiers ou griffonnés de-ci de-là, paraît aux éditions Te Ite en mai 2006.

Le propos de C.T. Spitz est aux antipodes de la sublimation aveugle du passé qui placerait l’avenir du peuple polynésien dans un retour à des temps mythiques. Dans un discours prononcé le 26 juin 2008 devant l’Assemblée de Polynésie , elle dénonce, avec le lyrisme et la fermeté qui caractérise ses prises de parole , « le risque de tourner le mépris de nous-mêmes en conflits fratricides, le risque de succomber à la mythisation des origines la célébration de racines imaginaires ,l’exaltation sectaire de la culture traditionnelle, le risque de substituer à la mythologie forgée par le colonisateur une contre-mythologie, un mythe positif de nous-mêmes, nous engageant à notre tour sur le chemin d’une nouvelle désidentification […]  ».

«[…] Majeure est la référence à l’écrivain tahitien C.T. Spitz : l’œuvre romanesque exigeante qu’elle élabore lentement, le travail original qu’elle effectue sur la langue et sur les formes, la cohérence de la vision qu’elle offre en font un artiste de premier plan dans le domaine littéraire. […] Dans la mesure où celui-ci ne s’inscrit pas dans une tradition (l’écrivain extra-européen), dans une lignée familière ou supposée bien connue des lecteurs européens, ils sont tenus à  une fonction « présentative » ou parfois à jouer le rôle pédagogique ou même médiatique de  » représentant  » culturel. Or assurément, par la radicalité de son propos, par son franc-parler corrosif, par son refus de toute compromission, Chantal T. Spitz n’est pas « représentative » des autres voix qui s’élèvent à Tahiti ou dans les îles voisines. Mais cette absence de  » représentativité  » ne doit pas s’entendre comme une limite ou un défaut ; bien au contraire, se refusant à parler « pour » ou « au nom » de son peuple, elle exprime en toute son acuité la singularité polynésienne. Loin d’être « isolée » , – sinon certes au sens où tout insulaire peut l’être par sa position géographique,- menant une  réflexion critique radicale sur tous les sujets essentiels à la construction d’une identité océanienne, elle fait entendre une voix libre et exemplaire marquée par un sens aigu de l’indépendance, voire de l’insoumission, par rapport au discours idéologico-politique ambiant.[…] Il y a bien assurément une mélancolie postcoloniale mais cette nostalgie ne peut s’interpréter comme une forme de régression ou de passéisme. C’est une question de douleur. » (Extraits de « Peut-on parler de littérature polynésienne francophone » ? Patrick Sultan, 2009)

 
Pour ceux qui vivent en Polynésie : Cet ouvrage est, en principe, disponible dans Les librairies de Polynésie et dans certaines grandes surfaces.